San Francisco de Chiu Chiu, terre des Atacameños
Un carrefour historique entre désert et cordillère
À 2 525 mètres d'altitude, Chiu Chiu, officiellement baptisé San Francisco de Chiu Chiu lors de sa fondation coloniale, se situe au confluent des ríos Loa et Salado, à 30 kilomètres à l'est de Calama. Ce village d’environ 300 habitants marque une étape importante du Camino del Inca, cette ancienne route qui reliait auparavant l'Altiplano bolivien à la côte Pacifique en passant par Lasana, Turi et Toconce. Le río Loa, plus long fleuve du Chili avec ses 440 kilomètres, traverse le village et crée une oasis linéaire qui contraste avec l'aridité du désert d'Atacama. Ses berges sont cultivées grâce à des systèmes d'irrigation millénaires, produisant luzerne, maïs et légumes.
À l'horizon se dressent les volcans andins comme le Licancabur et le Láscar, culminant à plus de 5 000 mètres. Aujourd'hui encore, les voyageurs s'y arrêtent pour découvrir son église coloniale San Francisco, édifiée en 1611 et considérée comme l'une des plus anciennes du Chili.
Dix mille ans d'histoire au bord du désert
Chiu Chiu était déjà un centre vital pour la culture atacameña. Habité depuis plus de 10 000 ans, ce village préhispanique servait de carrefour commercial stratégique entre les hauts plateaux et la côte Pacifique. Les populations locales, les Licanantay, avaient développé des techniques agricoles sophistiquées pour cultiver dans cet environnement hostile. L'Empire inca a ensuite marqué la région de son empreinte, enrichissant ce patrimoine déjà millénaire.
Lorsque les conquistadors espagnols atteignirent cette région au XVIe siècle, ils reconnurent l'importance stratégique du lieu et y établirent un avant-poste. Le processus d'évangélisation donna naissance à l'église de Chiu Chiu en 1611, marquant le début d'une nouvelle ère où croyances ancestrales et christianisme allaient coexister. Le climat aride limita l'implantation espagnole massive, mais le village resta un point névralgique. Durant la guerre du Pacifique, Chiu Chiu fut le théâtre du combat de Tambillo le 6 décembre 1879. Le village fut finalement cédé au Chili par le pacte de trêve de 1884, puis définitivement par le traité de 1904. Aujourd'hui, les descendants de la communauté atacameña perpétuent leurs traditions tout en combinant agriculture et tourisme.
Que voir à Chiu Chiu ? Visite du village, sites alentours et exucrsions
L’église San Francisco, le cœur du village
L'église San Francisco d'Assise est le point d'orgue de la visite du village. Construite en 1675 par les missionnaires franciscains, elle est la plus ancienne du pays et raconte la rencontre entre deux mondes : les techniques européennes et les méthodes de construction indigènes.
Son architecture est ingénieuse : les murs épais en adobe, mélange de terre, de paille et d'eau, offrent une isolation naturelle contre les variations extrêmes de température du désert. Mais c'est surtout son toit qui fascine : il est entièrement construit en bois de cactus cardon, une ressource locale abondante et parfaitement adaptée à l'environnement aride. Ces poutres légères mais résistantes ont traversé près de trois siècles et demi sans faiblir. L'intérieur révèle un espace sobre mais empreint de spiritualité. Les bancs en bois patiné, l'autel ornementé et les statues religieuses composent un ensemble harmonieux. On y décèle des influences andines dans certains motifs décoratifs qui intègrent des symboles atacameños, illustrant le syncrétisme religieux développé au fil des siècles.
En 1951, l'église a été déclarée Monument National du Chili, reconnaissance officielle de son importance culturelle et historique. Aujourd'hui encore, elle reste active et accueille régulièrement des cérémonies. La visite guidée est vivement conseillée pour voir tous les détails de cette construction exceptionnelle.
Visiter le village et les alentours
Une visite à Chiu Chiu gagne à s'étendre au-delà de ses ruelles d'adobe. Entre forteresses préhispaniques, lagunes et géoglyphes millénaires, la région concentre de multiples sites sur un périmètre restreint. Une journée permet d'en découvrir plusieurs, du plus proche au plus éloigné.
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Plaza Principal
Au cœur du village, cette place ombragée marque le point de rencontre des habitants de ce qui est considéré comme le plus ancien pueblo du nord du Chili. Entourée de maisons traditionnelles en adobe, elle montre une vie quotidienne préservée malgré la modernité. Prenez le temps de vous asseoir dans un petit restaurant local pour goûter un pataska ou une soupe de quinoa, des plats typiques qui racontent la culture culinaire de la région.
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Gruta de Lourdes
Cette grotte construite en 1924 mêle dévotion religieuse et histoire locale. Elle fut érigée en l'honneur du club sportif de la communauté, montrant la coexistence particulière entre religion et sport dans les pueblos d'Amérique du Sud.
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Pukará de Chiu Chiu
À quelques kilomètres du village se dresse cette ancienne forteresse construite entre 800 et 1 400 pour protéger les habitants des attaques ennemies. Bien qu'il s'agisse aujourd'hui de ruines, le site reste remarquablement préservé. L'accès se fait librement par un chemin marqué de pierres, permettant d'observer l'architecture défensive préhispanique et d'apprécier la continuité de l'occupation humaine dans cette région hostile.
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Río Salado
Véritable oasis caché à quelques kilomètres du village, ce cours d'eau venu de Bolivie crée un beau contraste au milieu du désert. Malgré des températures qui atteignent 40 degrés, l'eau du río se maintient à 5 degrés. Ses berges attirent diverses espèces d'oiseaux endémique et de passage, faisant de cet endroit privilégié pour l'observation de la biodiversité du désert d'Atacama.
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Observatorio Paniri Caur
À quelques minutes du village, cet observatoire propose une expérience unique pour les passionnés d'astronomie. Dans cette région où le ciel est d'une clarté exceptionnelle grâce à l'absence de pollution lumineuse, l'observation des étoiles devient un spectacle inoubliable.
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Laguna Chiu Chiu (laguna Inka Coya)
Surnommée "la laguna sans fond", elle fascine par sa présence improbable. La légende raconte que l'Inca Atahualpa serait arrivé sur ces terres avec une femme atacameña, et que la lagune serait connectée à l'océan par un tunnel souterrain. Ce petit plan d'eau abrite des poissons et quelques oiseaux aquatiques.
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Pukara de Lasana
À une quinzaine de minutes en voiture, le Pukará de Lasana s'étend sur 250 mètres de long. Ce village-forteresse du XIIe siècle compte 110 structures en pierre non taillée, reliées par d'étroits passages intérieurs. Classé Monument National, le site présente des habitations de tailles variées, pouvant compter jusqu'à cinq pièces, équipées de silos pour stocker le maïz, la viande et les fruits d'algarrobo. Ces réserves étaient installées dans les patios ou construites sous terre. Les environs abritent également d'imposants géoglyphes tracés dans le désert, traces des anciennes routes caravanières qui traversaient cette région aride.
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Mina de Chuquicamata
La plus grande mine de cuivre à ciel ouvert du monde se visite depuis le centre d'information touristique de Calama. Surnommée "le pain du Chili" pour son importance dans l'économie nationale, cette mine offre un impressionnant contraste avec les sites archéologiques de la région. Un petit bus emmène les groupes en visite guidée, et il est possible de déjeuner au Club de Empleados pour se mêler aux mineurs et découvrir leur quotidien. Même pour ceux qui ne sont pas intéréssés par le secteur minier, cette excursion permet de comprendre l'importance industrielle de la région d'Antofagasta.
Les traditions vivantes de Chiu Chiu
Au-delà de son église, Chiu Chiu vit au rythme de traditions transmises depuis des générations. Les fêtes patronales sont les meilleurs moments pour les découvrir. Le 4 octobre, la célébration de San Francisco d'Assise transforme le village : processions religieuses, danses traditionnelles et musique andine se mêlent dans les ruelles. Les "bailes chinos", ces danses rituelles accompagnées de flûtes et de tambours, créent une atmosphère prenante où se rencontrent catholicisme et spiritualité préhispanique. Le Nouvel An andin, fêté le 21 juin, donne aussi à voir des cérémonies ancestrales.
La cuisine locale raconte cette même histoire de métissage. Le pataska, ragoût bien consistant de maïs, viande, pommes de terre et carottes, se mijote comme le faisaient déjà les grands-mères. Les ingrédients viennent du désert : chañar, quinoa, différentes variétés de pommes de terre andines.
L'artisanat fait partie du quotidien. Les femmes tissent la laine de lama et d'alpaga en motifs géométriques qui racontent des histoires andines. Les potières travaillent avec des techniques qui n'ont pas changé depuis des siècles. Ce ne sont pas des souvenirs fabriqués pour les touristes, mais des objets qui servent vraiment, porteurs d'une culture qui a traversé les époques sans se perdre.
Intégrer Chiu Chiu dans votre circuit au nord du Chili
Chiu Chiu se visite généralement au retour des geysers du Tatio, sur la route entre San Pedro de Atacama et Calama. Cette étape permet de terminer votre découverte du désert d'Atacama par un village traditionnel, loin de l'agitation touristique, avant de reprendre votre vol depuis Calama.
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Accès depuis Santiago
L'accès depuis Santiago se fait en avion (2h10 de vol jusqu'à Calama) ou en bus (20 heures jusqu'à Calama, puis 30 minutes supplémentaires jusqu'à Chiu Chiu).
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Climat et équipement à prévoir
Le climat désertique de haute altitude impose une grande amplitude thermique entre le jour et la nuit. La température moyenne annuelle est de 14°C, avec des minimales qui descendent à 3°C. Prévoyez des vêtements en couches : chauds pour le matin et le soir, légers pour la journée.
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Gérer l'altitude
Plusieurs excursions dans la région dépassent 3 500 mètres d'altitude. Pour éviter les symptômes du soroche (mal d'altitude), buvez beaucoup d'eau, évitez les mouvements brusques et laissez votre corps s'acclimater progressivement. Si vous venez de San Pedro, votre organisme sera déjà habitué.
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Conseils pratiques sur place
Les commerces en zone rurale ferment entre 13h et 15h. Emportez du liquide en pesos chiliens : les cartes bancaires ne sont pas acceptées dans les petits commerces et kiosques locaux. Enfin, ne laissez aucun déchet derrière vous. Protéger ce désert fragile est l'affaire de tous, et les amendes pour non-respect de l'environnement sont lourdes.
Experte voyage chez Korke, Anne a fait du Chili et de l'Argentine bien plus que des destinations : ce sont ses terres d'adoption, qu'elle parcourt et étudie avec une curiosité intarissable. Cette connaissance intime des régions lui permet de concevoir des séjours véritablement sur mesure, où chaque détail compte.
Animée par une passion profonde pour la culture, l'histoire et la dimension humaine du voyage, elle tisse des expériences où chaque rencontre compte, où chaque lieu porte un récit.
Au-delà de la splendeur naturelle, elle guide ses voyageurs vers l'âme même de ces territoires : celle qui bat au rythme des traditions locales et des sourires partagés.