Une forteresse entre vallée du Loa et désert d’Atacama
Une position stratégique au cœur d’un environnement extrême
La Pukara de Lasana se dresse à 2700 mètres d'altitude, dans la région d'Antofagasta, au nord du Chili, sur les rives du Loa, seul cours d'eau permanent de la région. Le désert d'Atacama qui l'entoure est le plus aride de la planète hors régions polaires : les écarts de température entre le jour et la nuit dépassent régulièrement 30°C. Chaque choix architectural, agricole et social des Atacameños en porte la marque.
L'implantation en hauteur n'est pas un hasard. Le sommet offrait une vue dégagée sur la vallée sur plusieurs kilomètres, un avantage défensif décisif. Mais la pente servait aussi l'agriculture : l'eau d'irrigation s'y écoulait par gravité vers les terrasses cultivées, et l'exposition solaire y était maximisée, précieuse là où la saison de croissance est courte.
Une forteresse taillée dans l'histoire
Les Atacameños, bâtisseurs de la Pukara
La Pukara est l'œuvre du peuple atacameño, appelée Likan Antai, une culture préhispanique ancrée dans la région depuis plusieurs millénaires. Loin d'être isolés, les Atacameños entretenaient des relations commerciales actives avec d'autres peuples andins : des objets provenant de la côte Pacifique, des hauts plateaux boliviens et des contreforts amazoniens ont été retrouvés lors des fouilles, prouvant un réseaux d'échange étendus.
Construit au XIIe siècle dans un contexte de tensions régionales, la Pukara s'étend sur 2,5 hectares et comptedes centaines de structures en pierre. Son occupation a été continue pendant plusieurs siècles, traversant l'apogée atacameño, puis l'influence inca au XVe siècle, et enfin la domination espagnole. Chaque période a laissé des traces dans l'organisation du site. Déclaré monument national en 1982, il est aujourd'hui l'un des établissements défensifs préhispaniques les mieux préservés d'Atacama.
La pirca, ou l'art de construire sans mortier
Les murs de la Pucara, dont certains atteignent encore deux mètres de hauteur, ont été érigés sans mortier, par simple assemblage minutieux de pierres sélectionnées — une technique appelée pirca. Les habitations, rectangulaires ou carrées et semi-enterrées, s'organisent autour de patios centraux et sont reliées par des passages étroits formant un véritable labyrinthe défensif. Les murs épais assuraient aussi une isolation thermique naturelle : fraîcheur le jour, chaleur conservée la nuit. L'organisation interne du site révèle une société parfaitement structurée. On y distingue des zones de stockage, des ateliers artisanaux, des lieux cérémoniels et, dans les parties les plus élevées, des structures plus imposantes vraisemblablement réservées aux élites ou aux activités administratives et religieuses.
La Pukara de Lasana : eau, terres et croyances au cœur d’une civilisation
L’eau avant tout
Face à l'aridité, les Atacameños ont développé un réseau de canaux détournant les eaux du Loa vers la forteresse et les terrasses agricoles environnantes. Certaines portions sont encore visibles aujourd'hui. La gestion de l'eau était collective et strictement réglementée, impliquant une organisation communautaire capable d'entretenir l'infrastructure sur le long terme. Les terrasses produisaient du maïs, de la quinoa, des pommes de terre et des tubercules résistants à la sécheresse. Les caroubiers locaux fournissaient fruits, bois et combustible. L'élevage de lamas et d'alpagas jouait également un rôle central : viande et graisses pour l'alimentation, laine pour le textile, bêtes pour le transport.
Artisanat et réseaux d'échange
La céramique atacameña, caractérisée par ses formes épurées et ses motifs géométriques distinctifs, atteint son apogée durant cette période. Les nombreux fusaïoles et outils de tissage retrouvés sur le site montrent l'importance du textile dans la production locale. La métallurgie, introduite plus tardivement, se concentrait sur le cuivre et le bronze, utilisés pour fabriquer outils, armes et ornements.
Une partie de cette production était destinée à l'échange. Les réseaux commerciaux s'étendaient jusqu'à la côte Pacifique, la Bolivie et l'Amazonie, constituant un filet de sécurité en cas de mauvaise récolte.
Une société et ses croyances
La gouvernance reposait sur un conseil d'anciens ou de chefs de lignage. La structure sociale était moins rigide que celle des Incas : le statut dépendait autant des compétences individuelles que de la naissance.
La vie collective était rythmée par un calendrier cérémoniel dense, lié aux cycles agricoles et astronomiques. Certaines structures auraient servi d'observatoires rudimentaires pour suivre les solstices et équinoxes. Pour les Atacameños, montagnes, eau et terre étaient des entités vivantes auxquelles on rendait des offrandes notamment la Pachamama et les divinités liées à l'eau.
La Pukara de Lasana : que voir et comment la visiter ?
Au cœur du site : ruelles, patios et greniers
La Pucara de Lasana abrite plus de 450 structures : habitations, patios, corrals et greniers, connectées par des ruelles étroites qui épousent la topographie naturelle du terrain. Les murs, construits en pierres calcaires blanchâtres liées à de l'argile, sont remarquablement bien conservés. On distingue clairement les différentes fonctions des espaces : zones de vie, de stockage, d'élevage, lieux collectifs. Le long de la vallée de Lasana, sur les falaises de la quebrada, le site est également bordé de manifestations d'art rupestre : pétroglyphes gravés dans la roche et pictoglyphes représentant animaux, plantes et scènes du quotidien.
La Pucara est un lieu sacré pour les communautés atacameñas locales, qui y organisent encore des cérémonies traditionnelles. La visite implique quelques règles simples : rester sur les sentiers balisés, ne pas toucher ni ramasser de vestiges archéologiques, ne pas s'appuyer sur les murs ni les enjamber, et ne rien laisser sur place.
La vallée de Lasana, au-delà des ruines
Le village de Lasana, une centaine d'habitants, est encore peuplé de descendants de la culture Likan Antai qui perpétuent des traditions ancestrales : carnavals, fêtes patronales et surtout les limpias de canales, nettoyage collectif et annuel des canaux d'irrigation, une pratique qui remonte directement à l'époque de la forteresse. L'agriculture y est encore active : maïs, luzerne, légumes, élevage de camélidés et d'ovins.
Les alentours à ne pas manquer
Chiu Chiu et son église
À 8 km de la Pukara, Chiu Chiu est un village qui faisait partie du Camino del Inca. Il abrite l'église San Francisco de Chiu Chiu, déclarée monument historique et considérée comme la plus ancienne église du Chili encore en état. Le village dispose également de l'observatoire Paniri Caur, dédié à l'astrotourisme et à la cosmovision andine, les cieux de la région comptent parmi les plus purs du monde pour l'observation des étoiles.
Caspana et Ayquina
Ces deux villages d'altitude maintiennent leur architecture traditionnelle en pierre liparite et toits de paille et d'argile, ainsi que leurs cultures en terrasses. Chaque année en septembre, Ayquina accueille la grande fête de la Virgen de Guadalupe, l'un des événements religieux et folkloriques les plus importants du nord du Chili, avec plus de 70 000 personnes venant du pays entier et de l'étranger.
Chuquicamata et les geysers del Tatio
La mine de cuivre de Chuquicamata, l'une des plus grandes mines à ciel ouvert du monde, se visite depuis Calama. Les geysers del Tatio, à plus de 4000 mètres d'altitude, constituent l'un des champs de geysers les plus élevés de la planète et se visitent idéalement à l'aube, quand l'activité est maximale.
Conseils pratiques
- Arriver à Calama le matin pour ne pas perdre une journée : c'est la porte d'entrée de la région et le point de départ de la plupart des excursions.
- Le climat est désertique d'altitude : les températures oscillent fortement entre le jour et la nuit, avec une moyenne annuelle de 14°C et des minimales descendant à 3°C. Prévoir des couches.
- L'altitude est une réalité : beaucoup de sites de la région dépassent 3500 mètres. Boire beaucoup d'eau, éviter les efforts brusques et laisser le corps s'acclimater progressivement.
- Prévoir du liquide : les distributeurs automatiques sont rares et souvent vides dans la région. Les commerces ruraux n'acceptent pas les cartes et ferment entre 13h et 15h.

Notre conceptrice voyage incarne par ses origines française, chilienne et argentine cette vision transculturelle qui fait la singularité de Korke. Trait d'union naturel entre l'Europe et l'Amérique du Sud, elle comprend intuitivement les attentes des voyageurs francophones.
À l'image de sa curiosité intellectuelle et de sa rigueur, elle se passionne pour tout ce qui touche à la culture, l'histoire et la politique de ces deux nations.
Son regard avisé et son expertise lui permettent de partager avec ceux qui partent à l’aventure les clés essentielles à comprendre lors d'un voyage en Amérique du Sud.



