Santiago Humberstone : l’homme qui a révolutionné le salpêtre chilien
Un fils de postier anglais devenu le « Père du Salpêtre ». Un autodidacte qui a transformé le désert d’Atacama en empire industriel. L’histoire de Santiago Humberstone est celle d’un homme qui a marqué à jamais l’histoire du Chili.
Santiago Humberstone : une vie au service du désert
De Dover à l’Atacama : l’ascension d’un autodidacte
James Thomas Humberstone naît le 8 juillet 1850 à Dover, en Angleterre. Son père travaille dans un modeste bureau de poste. Rien ne le prédestine à devenir une légende de l'industrie minière sud-américaine. À 17 ans, il entre comme ouvrier aux ateliers ferroviaires de Londres, où il apprend la mécanique et la chimie sur le tas. Ambitieux, il étudie le soir au Mechanical Institute tout en continuant à travailler. À 20 ans, il devient assistant au laboratoire, responsable des analyses chimiques. Pas de diplôme universitaire, juste un travail acharné et une soif d'apprendre.
En 1875, à 25 ans, la Compañía Salitrera de Tarapacá lui propose un poste au Chili. Sans hésiter, le jeune ingénieur autodidacte traverse l'Atlantique. Le 6 janvier 1875, il débarque au port péruvien de Pisagua et rejoint l'Oficina San Antonio de Zapiga, perdue en plein désert d'Atacama.
Il ne retournera jamais vivre en Angleterre. Il passera les 64 années suivantes au Chili, jusqu'à sa mort.
L'innovation qui change tout
En 1878, il introduit le Sistema Shanks, révolutionnant le processus d'extraction du salpêtre. Le résultat est spectaculaire : on passe de 40-50% de rendement à 90% du nitrate extrait. Cette amélioration double la productivité des oficinas et transforme l'économie de l'industrie. Mais il ne s'arrête pas là. Face au défi de l'eau en plein désert, il développe un système ingénieux pour obtenir de l'eau grâce aux machines. Cette innovation attire l'attention de John Thomas North, "The Nitrate King", le roi britannique du salpêtre qui domine l'industrie.
North nomme Humberstone administrateur de plusieurs de ses oficinas. L'ingénieur autodidacte accède au sommet de l'industrie salitrera. En 1892, il devient administrateur de la Corporación de Ferrocarriles de Agua Santa et fonde le port d'embarquement de Caleta Buena, doté d'installations modernes pour l'exportation. Au fil des années, il continue d'innover : introduction du pétrole dans les chaudières, installation de moteurs diesel pour l'électricité, mise en place de filtres Butters en 1914, optimisation constante des processus. On le surnomme "El Padre del Salitre", le Père du Salpêtre.
Le bâtisseur de communautés
Mais son apport dépasse la technique. Il comprend qu'au milieu du désert le plus aride du monde, on ne garde pas des ouvriers sans leur offrir une vie décente. Il crée alors un modèle révolutionnaire de villes-entreprises. L'Oficina La Palma, fondée en 1872, devient son œuvre la plus aboutie. Ce n'est pas qu'un site industriel : c'est une communauté complète avec logements pour les familles, écoles pour les enfants, hôpitaux, théâtres, piscines, courts de tennis. Au plus fort de son activité, plus de 3 500 personnes y vivent. Cette vision holistique fait de Humberstone un précurseur. Des travailleurs bien logés, dont les familles sont prises en charge, sont plus productifs et loyaux. Son modèle est copié dans tout le désert d'Atacama.
Profondément intégré au Chili, James espagnolise son prénom en "Santiago". Il devient Don Santiago Humberstone, figure respectée de l'industrie chilienne. Pendant 34 ans, il dirige ces opérations avec passion et innovation constante.
La fin d'une époque
En 1909, tout bascule. Des chimistes allemands inventent le procédé Haber-Bosch permettant de fabriquer du salpêtre synthétique. Le monopole chilien vacille. Pendant la Première Guerre mondiale, bloquée par la marine britannique, l'Allemagne perfectionne cette technique et n'a plus besoin du salpêtre chilien. Les oficinas ferment progressivement dans les années 1930. Les villes se vident, et le désert reprend ses droits.
Santiago Humberstone assiste, impuissant, à l'effondrement de l'œuvre de sa vie. En 1936, à 86 ans, le roi George VI lui confère l'Ordre de l'Empire Britannique en reconnaissance de ses services. Lorsqu'il prend sa retraite, l'Asociación de Productores de Salitre lui décerne une médaille d'honneur. Il meurt le 12 juin 1939 à Iquique, à 89 ans, après avoir consacré 64 années au Chili. Il est enterré au cimetière britannique de Tiliviche, aux côtés d'autres pionniers anglais de l'aventure du salpêtre. Après sa mort, l'Oficina La Palma est rebaptisée "Oficina Santiago Humberstone" en son honneur.
L'héritage de James Thomas Humberstone : que visiter aujourd'hui ?
En 2005, l'UNESCO classe les oficinas Humberstone et Santa Laura au patrimoine mondial de l'humanité, reconnaissant l'œuvre exceptionnelle de Santiago Humberstone.
- L'Oficina Santiago Humberstone, qui porte son nom depuis sa mort, conserve les infrastructures sociales qu'il a créées : le théâtre, la piscine olympique en plein désert, l'école, les maisons des ouvriers. C'est ici qu'on mesure sa vision révolutionnaire de créer des communautés entières au milieu du néant.
- Santa Laura garde en mémoire son génie technique : les machines d'extraction, les systèmes qu'il a perfectionnés, les innovations qui ont multiplié par deux la productivité du salpêtre.
- À Iquique, la "Semana del Salitre" perpétue la mémoire de l'homme qui a transformé le désert d'Atacama en empire industriel.
Experte voyage chez Korke, Anne a fait du Chili et de l'Argentine bien plus que des destinations : ce sont ses terres d'adoption, qu'elle parcourt et étudie avec une curiosité intarissable. Cette connaissance intime des régions lui permet de concevoir des séjours véritablement sur mesure, où chaque détail compte.
Animée par une passion profonde pour la culture, l'histoire et la dimension humaine du voyage, elle tisse des expériences où chaque rencontre compte, où chaque lieu porte un récit.
Au-delà de la splendeur naturelle, elle guide ses voyageurs vers l'âme même de ces territoires : celle qui bat au rythme des traditions locales et des sourires partagés.