Vallée d’Azapa : momies Chinchorros, géoglyphes et oliviers au cœur du désert d’Atacama

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Vallée d’Azapa : momies...
À quelques kilomètres d’Arica, la vallée d’Azapa réserve une surprise : une oasis verdoyante, creusée dans le désert, chargée de plusieurs millénaires d’histoire. Elle commence il y a plus de 9 000 ans avec les Chinchorros, premiers habitants de la vallée et inventeurs de la momification bien avant l’Égypte ancienne, un héritage classé au patrimoine mondial de l’UNESCO. Depuis, la vallée n’a cessé d’accumuler les strates : géoglyphes préhispaniques, forteresses andines, oliviers introduits par les colons espagnols au XVIe siècle. Une vallée qui n’a jamais cessé d’être traversée, habitée, transformée.

La vallée d’Azapa : une oasis unique entre désert et cordillère

À une dizaine de kilomètres à l’est d’Arica, la vallée d’Azapa tranche radicalement avec le désert d’Atacama qui l’entoure. Traversée par une rivière, cette oasis fertile s’étire sur une quarantaine de kilomètres entre les contreforts andins et la côte Pacifique, offrant un corridor de vie dans l’un des environnements les plus arides de la planète. Sa renommée tient à trois piliers intimement liés : un patrimoine archéologique exceptionnel, une biodiversité surprenante et une agriculture qui perdure depuis des millénaires.

Une biodiversité inattendue au cœur du désert d’Atacama

La vallée d’Azapa se situe dans le nord du Chili, à proximité de la ville de Arica, près de la frontière avec le Pérou.
La vallée d’Azapa se situe dans le nord du Chili, à proximité de la ville de Arica, près de la frontière avec le Pérou.

La rivière San José est le moteur de l'écosystème. Son cours, même modeste et parfois intermittent, maintient une humidité suffisante pour permettre le développement d'une végétation dense dans un environnement où les précipitations sont quasi nulles. Plus de 200 espèces végétales ont été recensées dans la vallée, certaines endémiques et adaptées à des sols fortement salins.

Côté faune, la position géographique de la vallée, entre côte Pacifique et contreforts andins, en fait un corridor naturel pour les espèces migratrices. Plus de 80 espèces d'oiseaux y ont été recensées, dont le colibri d'Arica (Eulidia yarrellii), en danger d'extinction avec une population estimée à moins de 500 individus, endémique de cette seule région du Chili.

Histoire de la vallée d'Azapa : des premiers peuplements à aujourd'hui

La vallée  est habitée depuis au moins 9 000 ans avant notre ère. Les Chinchorros, peuple de pêcheurs et chasseurs-cueilleurs, sont les premiers à s'y établir durablement, attirés par un microclimat plus clément que le reste du désert d'Atacama. Habiles pêcheurs,  les coquillages et cactus leur servaient d'appâts, ils apprennent progressivement l'agriculture auprès des tribus andines de l'Altiplano. Leur spécialité reste cependant la momification : entre 5 000 et 3 400 avant J.-C., ils développent les techniques d'embaumement les plus anciennes connues au monde, précédant les pratiques égyptiennes d'au moins 2 000 ans, et les appliquent à toute la communauté.

Leur succèdent la culture Tiwanaku entre 300 et 1 000 après J.-C., puis la culture Arica jusqu'à l'arrivée des Incas vers 1450, avant que l'empire espagnol n'intègre la région à partir de 1532. Les colons introduisent alors l'olivier, qui s'acclimate remarquablement au sol et au climat de la vallée et en devient l'emblème agricole. La traite négrière amène des populations africaines qui marquent durablement l'identité culturelle d'Azapa ; une empreinte encore vivante aujourd'hui à travers des traditions comme la tumba carnaval, reconnue patrimoine culturel immatériel du Chili en 2019.

En juillet 2021, l'UNESCO inscrit les sites Chinchorro au patrimoine mondial, consacrant la place singulière de la vallée dans l'histoire de l'humanité.

Les olives noires d’Azapa, fleuron agricole du nord du Chili

Les olives d’Azapa sont les plus réputées du pays grâce à leur grande taille, leur chair charnue et leur saveur intense, résultat des conditions agricoles uniques de la vallée.

La vallée produit tomates, citrons, goyaves et bananes grâce à ses sols alluviaux irrigués par les eaux souterraines andines, mais c'est l'olive noire qui a fait sa renommée bien au-delà du Chili.

Introduite au XVIe siècle depuis l'Espagne, la variété sévillane trouve ici un terroir idéal : sols alluviaux millénaires, forte amplitude thermique entre jour et nuit, irrigation par les eaux de fonte des Andes. Le résultat est un fruit charnu à la teinte noir-violacé naturelle, avec un équilibre entre amertume et douceur qui le distingue immédiatement des productions industrielles. La récolte est manuelle, la mise en saumure suit des recettes familiales transmises de génération en génération, chaque producteur gardant précieusement ses propres proportions et durées de macération. Avec environ 500 tonnes produites chaque année sur près de 400 hectares, l'olive d'Azapa obtient en 2016 son indication géographique protégée après quatre demandes infructueuses, consacrant officiellement le lien entre ce produit et son territoire.

Aujourd'hui déclinée en tapenade, huile artisanale, préparations farcies et même en desserts où sa note amère contrebalance le sucre, elle séduit de plus en plus une clientèle gastronomique internationale.

Découvrir la vallée d’Azapa : visites, activités et conseils pratiques

Que voir et faire dans la vallée d’Azapa ?

Le Musée Archéologique San Miguel d’Azapa et le patrimoine Chinchorro

Les géoglyphes d’Azapa, situés dans le nord du Chili, sont d’anciennes figures tracées sur les collines désertiques par les cultures préhispaniques à des fins rituelles et symboliques.
Les géoglyphes d’Azapa, situés dans le nord du Chili, sont d’anciennes figures tracées sur les collines désertiques par les cultures préhispaniques à des fins rituelles et symboliques.

Premier arrêt incontournable de la vallée, le Musée Archéologique San Miguel d'Azapa, géré par l'Université de Tarapacá, est l'un des musées archéologiques les plus importants du Chili. Ses collections couvrent plus de 10 000 ans d'histoire régionale, organisées en quatre espaces distincts : un patio de pétroglyphes, une section historique de l'homme préhistorique jusqu'à l'arrivée des Espagnols, un espace dédié au monde aymara et un autre consacré à la production d'huile d'olive. Il abrite les momies Chinchorro, les plus anciennes du monde, classées au patrimoine mondial de l'UNESCO en 2021. Contrairement à l'Égypte ancienne où la momification était réservée à l'élite, les Chinchorro l'appliquaient à tous les membres de la communauté sans distinction d'âge ni de statut. Pour le visiter, prévoir au minimum deux heures de visite. Le musée est ouvert tous les jours de 9h à 18h en hiver et de 10h à 19h en été, au km 12 de la vallée.

Les géoglyphes, témoins des civilisations précolombiennes

La vallée et ses alentours concentrent plusieurs sites de géoglyphes remarquablement conservés grâce à l'aridité extrême du climat.

Le Cerro Sagrado, dans le secteur de la Pampa Alto Ramírez, présente un ensemble de figures humaines et animales comme des camélidés, des serpents et des lézards, réalisées par accumulation de pierres, datant de la période des développements régionaux Inca entre 1000 et 1400 après J.-C. À Atoca, les géoglyphes représentent une caravane de lamas avec son guide, scène directement liée aux échanges commerciaux entre la côte et l'Altiplano.

À Cerro Sombrero, outre les géoglyphes, subsistent les vestiges d'une aldea préhispanique de la culture Arica qui comptait jusqu'à 500 habitations à son apogée. Plus ancienne encore, la forteresse de San Lorenzo, Pukará datant entre 700 et 1000 après J.-C., témoigne de la transition entre l'influence Tiwanaku et l'émergence des cultures régionales côtières.

Randonnée et vélo dans la vallée

La vallée se parcourt idéalement à pied ou à vélo. La pente est modérée sur la route A-27 qui la traverse sur une vingtaine de kilomètres, bordée de bananiers, d'oliviers et de goyaviers. Les sentiers le long des canaux d'irrigation traditionnels permettent d'observer la flore locale et d'apercevoir le colibri d'Arica aux heures les plus fraîches.

De nombreux fermiers proposent leurs produits en bord de route, dont des fruits frais ou jus. Les géoglyphes sont visibles à l'œil nu depuis les collines ; une paire de jumelles permet d'en apprécier les détails.

Artisanat local

Le Poblado Artesanal José Raúl Naranjo Meneses, situé à Hualles près de la rotonde Manuel Castillo Ibaceta, regroupe des artisans locaux proposant sculptures sur pierre et bois, céramiques du nord du Chili, reproductions archéologiques et tissages en laine d'alpaga.

Comment visiter la vallée d’Azapa ?

Le colibri de Arica est une espèce emblématique observable dans la vallée d’Azapa, où il trouve refuge grâce au climat doux et à la végétation irriguée.

La vallée d'Azapa se visite toute l'année grâce à son climat désertique stable, sans pluie, avec des températures comprises entre 13°C et 27°C. Voici l'essentiel à savoir avant de partir.

  • Accès : la vallée est à 13 km du centre d'Arica par la route A-27, entièrement goudronnée. Certains chemins secondaires vers les sites ruraux nécessitent de la prudence.
  • Transport : les collectivos partent du centre d'Arica pour 1 000 CLP mais ne démarrent qu'une fois complets et sont souvent bondés. Le taxi revient à environ 10 000 CLP pour plus de confort. La voiture de location reste l'option la plus flexible pour s'arrêter librement sur les sites.
  • Meilleure période : toute l'année, mais prévoir une couche légère le matin, les températures pouvant être fraîches en début de journée.

Dans les environs, Arica est la base idéale pour explorer la région, elle propose hébergements, restaurants et accès direct à la Pacifico. À proximité, la vallée de Lluta avec ses cactus en candélabre donne un paysage radicalement différent, tout comme le Pucará de Copaquilla, forteresse pré-inca en ruines datant du XIIe siècle.

Andrea
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Andrea

Native de Bogota, Andrea a posé ses valises à Santiago, ville qu'elle décrypte avec la même curiosité qui la caractérise. En coulisses, elle gère l'ensemble des aspects administratifs qui permettent à chaque projet de voyage sur mesure de se concrétiser dans les meilleures conditions.

Son regard aiguisé sur les réalités sud-américaines constitue un socle précieux pour l'équipe, participant directement à l'authenticité des expériences proposées.

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