Une oasis au cœur de la Pampa del Tamarugal
Des eaux millénaires sous le désert
L'oasis de Pica se trouve à environ 114 kilomètres au sud-est d'Iquique, capitale de la région de Tarapacá, dans le nord du Chili. Perchée à 1 400 mètres d'altitude, elle s'inscrit dans l'un des environnements les plus arides de la planète, là où les précipitations annuelles dépassent rarement 2 millimètres. En arrivant à Pica, difficile de croire qu'on est toujours dans le désert : le minéral laisse place au végétal en quelques mètres. Le village vit habitants, commerces, rythme quotidien. Et autour, une végétation dense, presque excessive : des manguiers, des goyaviers, des citronniers, des orangers, par dizaines, dont les branches ploient sous les fruits.
Ce paradoxe s'explique par un phénomène hydrogéologique. Les précipitations qui tombent sur la cordillère des Andes s'infiltrent dans les roches et parcourent plusieurs dizaines de kilomètres en souterrain avant de ressurgir naturellement à Pica. Ces nappes phréatiques alimentent l'oasis en continu, indépendamment des conditions climatiques de surface. Les analyses menées par l'Université du Chili révèlent que certaines de ces eaux ont plus de 3 000 ans. Ce sont donc des ressources fossiles, non renouvelables à l'échelle humaine, qui soutiennent depuis des millénaires l'agriculture et la vie à Pica. Les socavones, des tunnels creusés manuellement dans la roche pour capter et redistribuer ces eaux souterraines, en sont l'expression la plus concrète. Certains datent de l'époque préhispanique et fonctionnent encore aujourd'hui.
Des millénaires d'occupation humaine
Les premières traces d'occupation humaine à Pica remontent à plus de 6 000 ans. Les populations précolombiennes avaient identifié très tôt le potentiel du site. Les cultures Tiwanaku puis les Incas y perfectionnèrent les systèmes d'irrigation, étendant progressivement les surfaces cultivables.
L'arrivée des Espagnols au XVIe siècle transforme durablement l'oasis. Les colons y introduisent de nouvelles cultures, notamment les agrumes, qui deviendront l'identité agricole de Pica. S'ensuit une société multiculturelle : traditions indigènes, influences espagnoles, puis présence de travailleurs asiatiques venus pour l'exploitation du salpêtre au XIXe siècle. L'architecture en adobe et bois de cactus, les techniques agricoles, la cuisine portent toutes la trace de ces influences successives.
Une agriculture tropicale au milieu de l'aridité
Le Limón de Pica est l'emblème de cette agriculture hors du commun. Ce citron, qui bénéficie d'une appellation d'origine depuis 2010, est réputé dans tout le Chili pour la concentration de son jus et l'intensité de ses arômes. L'explication est agronomique : le stress hydrique modéré et les fortes amplitudes thermiques entre le jour et la nuit favorisent une concentration aromatique que peu de terroirs peuvent égaler.
Mangues, goyaves, oranges et citrons : Pica a longtemps approvisionné les camps miniers de la région pendant le boom du salpêtre. Cette autonomie économique, construite sur l'eau et le sol, reste la marque distinctive d'un lieu qui n'aurait, en théorie, aucune raison d'exister.
Visiter l’oasis de Pica : village, thermes et excursions dans les environs
Pica, un village à l’atmosphère tranquille
La Plaza de Armas, officiellement San Andrés de Pica, est le cœur du village : kiosque en bois à ferronnerie du début du XXe siècle, bancs en fer peint en rouge, atmosphère tranquille. L'église San Andrés, classée monument national depuis 1977, s'élève en face. Reconstruite en 1886 après deux destructions successives par des séismes, elle compte deux campanaires et trois nefs intérieures, avec en son sein une représentation grandeur nature de la Cène. En se baladant dans les ruelles et les chemins en terre bordés de murs d'adobe, on longe des vergers privés de manguiers et de citronniers.
La Cocha Resbaladero, l'incontournable de Pica
C'est l'attraction principale du village et de loin. La Cocha Resbaladero est une piscine naturelle d'eau thermale dont la température oscille entre 27 et 30°C, creusée dans la roche, entourée de végétation. Les habitants viennent y passer des après-midis entiers, se faire des masques d'argile avec les dépôts du fond. L'eau, fortement minéralisée en lithium et magnésium, aurait des vertus thérapeutiques reconnues localement pour les affections cutanées et rhumatismales. Il existe deux autres cochas à Pica : Miraflores et Cancova.
Gastronomie : les saveurs de l’oasis
Le pisco sour préparé au Limón de Pica est considéré comme le meilleur du Chili. L'acidité et la concentration aromatique du citron local lui confèrent un équilibre difficile à reproduire. La gastronomie de l'oasis tourne largement autour de ses fruits : mangues, goyaves, papayes, oranges, que l'on retrouve sur le marché local et dans les restaurants du village. La spécialité à goûter la moins connue est le lapin à la sauce au Limón de Pica, un plat traditionnel né de cet isolement historique.
Les alentours de Pica : entre géologie, histoire et nature
Les environs de Pica concentrent en quelques dizaines de kilomètres plusieurs sites à découvrir : canyon désertique, géoglyphes préhispaniques, salar d'altitude et patrimoine colonial.
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El Salto de Pica
À 7 km du village, un canyon désertique de 60 mètres de profondeur creusé par une rivière souterraine. Décor minéral brut, idéal pour la randonnée et l'escalade.
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Matilla
À 5 km, un village fondé en 1760 par des habitants de Pica, ancienne capitale viticole de la région. À voir : l'église San Antonio, monument national, et le Lagar de Matilla, vestige de l'économie coloniale locale.
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Géoglyphes de Pintados
L'un des sites archéologiques majeurs du Chili. Plus de 350 figures préhispaniques sur 3 km², datant entre 500 et 1450 après J.-C. : caravanes de lamas, figures anthropomorphes, témoins des routes commerciales entre l'altiplano et le Pacifique.
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Quebrada de Chacarilla
À 40 km au sud-est, empreintes fossilisées d'au moins sept espèces de dinosaures visibles dans la roche, certaines atteignant 75 cm de diamètre.
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La Tirana
À 70 km, village connu pour sa parroquia en bois et la fête de la Virgen del Carmen, l'un des plus grands rassemblements religieux du nord du Chili.
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Salar de Huasco
À 175 km, site Ramsar à 3 800 mètres d'altitude abritant flamants des Andes, canards et foulques géantes dans un écosystème lacustre préservé.
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Sites miniers Humberstone et Santa Laura
Sur la route depuis Iquique, deux anciennes officines du salpêtre classées au patrimoine mondial de l'UNESCO. Incontournables pour comprendre l'histoire économique de Tarapacá au XIXe siècle.
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