L’ocelot, un prédateur méconnu de la faune argentine

Faune
L’ocelot, un prédateur ...
La nuit tombe sur la forêt de Misiones. Quelque part dans les sous-bois, un ocelot commence sa ronde. Nocturne, solitaire, ses rosettes et chaînes de taches uniques parmi les félins d’Argentine, il parcourt un territoire de plusieurs dizaines de kilomètres carrés sans jamais vraiment croiser le regard de quiconque. Présent de Misiones aux Yungas en passant par les Esteros del Iberá, ce félin de taille moyenne porte une robe si singulière qu’elle permet d’identifier chaque individu comme une empreinte digitale. Espèce vulnérable en Argentine, il fait aujourd’hui l’objet de programmes de réintroduction inédits dans les Esteros del Iberá. Un animal discret, fascinant, et bien plus présent qu’on ne le croit dans les grandes régions sauvages du nord argentin.

L’ocelot, le félin tacheté des forêts subtropicales d’Argentine

De l’Amazonie au nord de l’Argentine

Les petits ocelots restent étroitement liés à leur mère durant leurs premiers mois, période pendant laquelle elle leur apprend à chasser et à se camoufler.

L'ocelot (Leopardus pardalis) est un félin de taille moyenne appartenant à la famille des Felidae, largement répandu sur le continent américain depuis le sud du Texas et le Mexique jusqu'au nord de l'Argentine, en passant par toute l'Amérique centrale et la quasi-totalité de l'Amérique du Sud : Brésil, Colombie, Pérou, Bolivie, Venezuela, Équateur, Paraguay, Uruguay et Guyane française. L'animal porte d'ailleurs de nombreux noms selon les pays : "jaguarcito" dans le Grand Chaco, "manigordo" au Costa Rica et au Panama, "cunaguaro" au Venezuela, ou encore "gato onza" en Argentine. Dans ce dernier pays, il est présent dans les provinces du nord, à savoir Misiones, Corrientes, Formosa et Chaco au nord-est, ainsi que Salta et Jujuy au nord-ouest.

Il vit dans de nombreux types d'habitats : forêts tropicales humides, mangroves, savanes, broussailles et zones marécageuses, à condition que la couverture végétale soit suffisamment dense pour lui servir d'abri et de terrain de chasse. En Argentine, c'est la forêt atlantique intérieure de Misiones, avec sa canopée dense et son sous-bois foisonnant, qui est son habitat de prédilection.

Une robe unique, un corps taillé pour la forêt

L'ocelot a une taille intermédiaire entre le chat domestique et le puma. Son corps mesure entre 70 et 100 cm, auxquels s'ajoute une queue de 25 à 45 cm, pour un poids oscillant entre 8 et 16 kg selon le sexe. Sa robe est son trait le plus distinctif : un fond allant du doré au brun rougeâtre, strié de rosettes et de bandes noires irrégulières, propre à chaque individu. Ses grands yeux brun-jaune, particulièrement adaptés à la vision nocturne, trahissent son mode de vie crépusculaire et nocturne. L'ocelot est le seul félin à dormir la tête posée sur ses pattes antérieures étendues, à la manière d'un chien.

Chasseur nocturne, solitaire et territorial

Solitaire et territorial, le félin passe ses nuits à parcourir un domaine vital qu'il délimite par des griffades sur les troncs et des marquages urinaires. Ce territoire peut couvrir plusieurs dizaines de kilomètres carrés, celui des mâles étant plus étendu et chevauchant souvent celui de plusieurs femelles. La journée, il se repose en hauteur dans les arbres ou à l'abri de la végétation dense au sol. Excellent grimpeur et nageur, il chasse néanmoins principalement au sol, traquant ses proies avec patience avant de fondre dessus en quelques bonds décisifs. Son régime est carnivore et opportuniste : rongeurs, agoutis, tatous, oiseaux, reptiles, grenouilles, poissons et parfois crabes font partie de son menu selon les saisons et les milieux traversés. Il est l'un des rares félins à retirer scrupuleusement plumes et poils de ses proies avant de les consommer.

Côté reproduction, la femelle donne naissance après environ 80 jours de gestation à une portée d'un à deux petits, rarement trois. Les jeunes restent dépendants de leur mère jusqu'à l'âge de 6 mois environ, mais ne quittent véritablement son territoire qu'aux alentours de 2 ans. Dans la nature, l'ocelot vit en moyenne entre 7 et 10 ans. L'animal ne rugit pas : il communique par des miaulements, des grognements et des sifflements, une voix à la mesure de sa discrétion.

L’ocelot en Argentine : présence, observation et conservation

L’ocelot en Argentine : peut-on l’observer ?

Apercevoir un ocelot en Argentine est un moment rare et privilégié, généralement au cœur des forêts subtropicales ou des zones protégées.

L'ocelot est nocturne, solitaire et maître du camouflage. Dans la forêt dense de Misiones ou les fourrés du Chaco, le croiser relève davantage de la chance que de la planification. Les caméras-pièges installées dans les parcs nationaux en captent régulièrement, preuve que l'animal est bien là.

Mais entre présent et visible, il peut parfois y avoir un écart. Pedro Ramirez, guide naturaliste basé à Puerto Iguazú depuis plus de vingt ans, résume mieux que quiconque ce que ressentent ceux qui ont eu cette chance : "En vingt ans à guider dans la forêt de Misiones, j'ai vu des ocelots peut-être une dizaine de fois, toujours la nuit. Chaque fois, c'est le genre de rencontre dont on parle encore des années après." Ce n'est pas une raison de ne pas partir, c'en est une de partir avec les bonnes attentes.

C'est pourquoi un guide naturaliste local comme Pedro change tout. Ils connaissent les zones de passage, les heures, les indices de présence. Marchez lentement, parlez peu. Apprenez à lire les traces : empreintes rondes sans marque de griffes sur les berges boueuses, griffades sur les troncs, fèces contenant des poils ou des plumes. Ces indices de présence sont souvent plus accessibles que l'animal lui-même, et tout aussi parlants pour qui sait les interpréter. Et si l'ocelot ne se montre pas, ce qui est probable, les mêmes territoires, les mêmes nuits, les mêmes guides vous feront croiser bien d'autres animaux que vous n'êtes pas près d'oublier.

Les meilleurs endroits pour croiser un ocelot en Argentine

Les zones où l'ocelot est le mieux représenté en Argentine se concentrent dans le nord du pays, là où la couverture végétale est encore suffisamment dense et continue pour lui offrir de vraies conditions de vie.

La conservation de l’ocelot vise à protéger son habitat naturel, menacé par la déforestation et la fragmentation des écosystèmes.
  • Misiones est sans conteste son fief argentin. C'est dans la forêt atlantique intérieure, et notamment dans la réserve de biosphère de Yabotí, que les densités sont les plus élevées du pays, jusqu'à 17 individus pour 100 km² dans les zones les mieux préservées. Le parc national Iguazú, au-delà de ses chutes spectaculaires, abrite également quelques specimens. Un terrain extraordinaire pour la faune en général, où jaguars, caïmans, tapirs et quantité d'oiseaux tropicaux font de chaque sortie une expérience à part entière.
  • Les Esteros del Iberá (Corrientes) sont un deuxième territoire clé, avec en prime l'un des programmes de réintroduction les plus importants d'Amérique du Sud mené par Rewilding Argentina. Les Esteros sont par ailleurs l'un des écosystèmes les plus riches d'Argentine, une destination faune à part entière.
  • Le parc national El Impenetrable (Chaco) est plus confidentiel mais les caméras-pièges y confirment des populations stables. Moins fréquenté, c'est l'option pour les voyageurs qui cherchent une immersion plus brute dans le Gran Chaco.
  • Les Yungas (Salta, Jujuy) sont une zone naturelle où l'ocelot est le félin le plus fréquent avec le puma, dans des paysages de forêts montagnardes qui se visitent souvent en combinaison avec les villes coloniales du nord-ouest argentin.

Statut de conservation et programmes de protection

À l'échelle mondiale, l’ocelot est classé "Préoccupation mineure" par l'UICN. En Argentine, le tableau est plus nuancé : l'espèce y est considérée vulnérable au niveau national, et en danger dans la région chaqueña spécifiquement, où ses populations ont fortement régressé ces quinze dernières années sous l'effet de la déforestation et du braconnage historique pour la fourrure.

Dans la forêt paranaense de Misiones il reste le félin le plus présent, une bonne nouvelle relative. Les efforts portent aujourd'hui sur la préservation des corridors forestiers entre les fragments d'habitat, indispensables aux échanges génétiques entre populations. Le projet de réintroduction dans les Esteros del Iberá, conduit conjointement par le gouvernement de Corrientes et Rewilding Argentina, est l'initiative la plus visible : plusieurs individus issus de captivité ont été relâchés depuis 2022 après une phase de réhabilitation. Des suivis réguliers par caméras-pièges sont menés dans les parcs nationaux d'Iguazú, Copo et El Impenetrable. La coopération transfrontalière avec le Brésil et le Paraguay, via l'Initiative du Corridor Atlantique, contribue également à sécuriser des zones de passage vitales pour l'espèce.

Andrea
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Andrea

Native de Bogota, Andrea a posé ses valises à Santiago, ville qu'elle décrypte avec la même curiosité qui la caractérise. En coulisses, elle gère l'ensemble des aspects administratifs qui permettent à chaque projet de voyage sur mesure de se concrétiser dans les meilleures conditions.

Son regard aiguisé sur les réalités sud-américaines constitue un socle précieux pour l'équipe, participant directement à l'authenticité des expériences proposées.

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