Économie, société, vie quotidienne au Chili
Une économie qui a fait la une internationale
Le Chili a été pendant des années le pays le plus souvent cité comme modèle économique en Amérique latine. Entre 1990 et 2019, le PIB par habitant a triplé, la pauvreté extrême est passée de 45% à moins de 10%, et l'espérance de vie a augmenté significativement. En 2010, le Chili est devenu le premier pays sud-américain à rejoindre l'OCDE, un symbole fort de cette progression économique.
Cette transformation économique a été en grande partie élaborée par les Chicago Boys, un groupe d'économistes chiliens formés à l'Université de Chicago sous Milton Friedman. Après le coup d'État de 1973, ils ont supervisé une privatisation massive, une dérégulation des marchés et une ouverture commerciale agressive qui ont modernisé l'économie mais contribué à une forte concentration des richesses. Aujourd'hui, les 1% des plus riches concentrent environ 33% des richesses du pays, et le coefficient de Gini reste l'un des plus élevés de l'OCDE.
Derrière les chiffres, une vie quotidienne plus nuancée
Cette croissance ne s'est pas répartie de façon égale. Environ 65% des ménages chiliens vivent avec moins de 850 euros par mois, alors que Santiago affiche des prix comparables à certaines villes européennes. Pour maintenir leur niveau de vie, beaucoup ont recours au crédit ; en 2019, l'endettement des ménages avait atteint 75% de leurs revenus annuels selon la Banque Centrale du Chili. Ce décalage entre coût de la vie et salaires reste une réalité centrale du quotidien chilien.
L'accès à l'éducation, la santé et les retraites varie aussi selon les quartiers. Dans les zones aisées comme Las Condes, les écoles privées sont de niveau international. Dans les communes populaires comme La Pintana, les écoles publiques manquent de ressources. Du côté des retraites, le montant médian avoisine les 150 euros mensuels selon la Fundación Sol. Ces différences sont visibles même à première vue dans les rues de Santiago.
2019 : le moment où le Chili a parlé
Le 18 octobre 2019, une augmentation de 30 pesos du ticket de métro à Santiago a déclenché une mobilisation d'une ampleur inattendue. Des millions de Chiliens, de tous âges et classes sociales, sont descendus dans les rues. Les revendications portaient sur les retraites, la santé, l'éducation et une nouvelle Constitution pour remplacer celle héritée de la dictature de Pinochet. La Plaza Italia de Santiago, rebaptisée Plaza Dignidad, est devenue le symbole de ce mouvement.
Ce mouvement a poussé la classe politique à ouvrir un processus de réforme constitutionnelle. Le premier projet a été rejeté par référendum en septembre 2022, un deuxième projet a également été rejeté en décembre 2023. Le débat reste vif et les réformes en cours. Le Chili travaille aussi sur une réforme fiscale : ses recettes représentent environ 20% du PIB, contre 34% en moyenne à l'OCDE.
À travers le Chili : quand les lieux racontent la société
Chaque ville au Chili raconte une réalité sociale différente. Santiago ne représente qu’une partie du tableau. En parcourant le pays, les contrastes économiques et sociaux prennent des formes très différentes selon les régions, et parfois des visages insoupçonnés.
Villes, quartiers, marchés… chaque endroit raconte une histoire
Santiago : entre gratte-ciels et marchés populaires
Santiago est la ville la plus representative des contrastes chiliens. Une traversée d'est en ouest suffit pour le voir : Las Condes et Vitacura, avec leurs gratte-ciels et centres commerciaux, côtoient à quelques kilomètres les communes populaires comme La Pintana ou Cerro Navia, où les services publics restent insuffisants. La Vega Central montre aussi cette réalité : un marché populaire où se mêlent petits commerçants chiliens et immigrants péruviens, boliviens ou haïtiens. Un endroit qui raconte à sa manière la ville qui travaille.
Valparaíso : les cerros, les murales, l'histoire dans les rues
Valparaíso est une autre ville, une autre atmosphère. Cette ancienne ville portuaire, jadis prospère, a vu une explosion artistique et culturelle remarquable ces dernières décennies. Les murales qui ornent ses cerros racontent souvent l'histoire des mouvements sociaux chiliens, une façon de lire la société sans ouvrir un livre. La ville mêle patrimoine colonial, architecture colorée et vie culturelle intense. C'est un endroit qui dit beaucoup sur la façon dont les Chiliens expriment leur identité.
Concepción : la ville ouvrière et universitaire
À 515 km au sud de la capitale, Concepción est la deuxième agglomération du pays. Elle concentre le deuxième pôle universitaire chilien, avec une dizaine d'universités, et un noyau industriel important, notamment lié à la sidérurgie et à la pêche à proximité de Talcahuano. Cette coexistence entre industrie, quartiers ouvriers et vie universitaire donne à la ville une énergie différente de Santiago. Le séisme de 2010, qui a gravement touché la région, a aussi mis en lumière les inégalités : les plus vulnérables étaient les plus exposés.
La Serena : une ville transformée
La Serena est un exemple unique dans le Chili. Dans les années 1950, elle a été le sujet d'un projet urbain d'État, le "Plan Serena", qui visait à créer un pôle de développement hors capitale. Aujourd'hui, la ville continue de se transformer avec des investissements massifs : un projet métropolitain avec Coquimbo prévoit plus de 100 milliards de pesos d'investissement sur 10 ans. Cette dynamique de changement est visible dans les rues, entre le casco histórico avec son architecture uniforme et les nouveaux quartiers résidentiels qui s'étendent, deux visages de la même ville.
Temuco : au cœur du pays mapuche
Temuco, capitale de la région de La Araucanía, est une ville où la réalité autochtone est présente au quotidien. Le peuple mapuche représente une partie significative de la population de la région, et les questions liées à la terre, à l'identité et au territoire restent au cœur du débat social chilien. La ville mêle modernité urbaine et proximité avec les communautés rurales. Ces dernières années, la pression immobilière sur les zones périurbaines a ajouté une nouvelle dimension à un conflit historique qui dépasse largement les frontières de Temuco.
Chiloé : l'île qui vit à un autre rythme
Chiloé est un monde à part. Cette île, séparée du continent par le canal de Chacao, a longtemps vécu dans un isolement relatif avec une économie basée sur la pêche et l'agriculture, traditions très ancrées, architecture en bois caractéristique avec ses palafitos et ses iglesias de madera classées UNESCO. Dans les années 1980, l'industrie du saumon a rapidement transformé l’économie locale, apportant de nouveaux emplois mais aussi des problèmes environnementaux significatifs. En 2016, une catastrophe écologique, une marée rouge, a mis en lumière la tension entre économie industrielle et vie locale traditionnelle. Aujourd'hui, Chiloé développe aussi un modèle de tourisme communautaire qui reste un exemple à suivre.
La culture qui éclaire : art urbain, cinéma, littérature
L'art, le cinéma et la littérature racontent aussi la société chilienne à travers ses contrastes, ses tensions, sa façon de résister. Depuis les années 1970, les murales sont un outil d'expression politique et sociale. Pendant la dictature, elles servaient de résistance. Aujourd'hui, des artistes comme Dasic Fernández à Santiago ou Inti à Valparaíso continuent de peindre des œuvres qui parlent d'inégalités et d'identité. Le quartier de San Miguel à Santiago est devenu un musée à ciel ouvert avec une quarantaine de fresques depuis 2010.
Le cinéma chilien explore aussi ces thèmes avec finesse : Machuca (2004) raconte l'amitié entre deux enfants de milieux opposés à Santiago en 1973, La Nana (2009) montre les relations de pouvoir entre une employée domestique et la famille qui l'emploie. Ces films disent beaucoup sur la façon dont les Chiliens vivent les contrastes au quotidien.
Enfin, les ollas comunes, soupes communales qui remontent à la dictature, sont réapparues massivement pendant la pandémie en 2020, avec plus de 245 initiatives enregistrées, principalement dans les quartiers populaires. Des projets autogérés, souvent menés par des femmes, qui distribuent des repas gratuits et montrent une tradition de solidarité toujours vivante.
Native de Bogota, Andrea a posé ses valises à Santiago, ville qu'elle décrypte avec la même curiosité qui la caractérise. En coulisses, elle gère l'ensemble des aspects administratifs qui permettent à chaque projet de voyage sur mesure de se concrétiser dans les meilleures conditions.
Son regard aiguisé sur les réalités sud-américaines constitue un socle précieux pour l'équipe, participant directement à l'authenticité des expériences proposées.